Le projet éco-étho-anthropologique. janvier 2017

Séminaire clinique de la SFTF
Coordinateurs : Karine BAUDELAIRE, Stéphane JUNG et Jérôme PAYEN DE LA GARANDERIE

LES SÉMINAIRES DU JEUDI
NOUVEAUX MODÈLES DE SOINS : TECHNICITÉ OU COMPLEXITÉ ? UNE RÉFLEXION SYSTÉMIQUE
Jeudi 26 Janvier 2017 à 20h30

« Le projet éco-étho-anthropologique. Les apports de l’éthologie, de la psychologie et de la psychiatrie évolutives aux thérapies familiales : une alternative aux thérapies comportementales et cognitives ? »

Jacques MIERMONT

Discutants : Karine BAUDELAIRE, Stéphane JUNG, Jérôme PAYEN DE LA GARANDERIE

 

En cette période d’évaluation de tout ce que l’on fait, avant, pendant et après le processus de nos actions, les thérapies cognitives et comportementales se révèlent être le bon élève de la classe. Inspirées initialement par la science du comportement de B. Skinner, en particulier par l’utilisation du conditionnement opérant, elles se présentent comme une démarche empirique et athéorique, tout en revendiquant le statut de science.

Nous ferons ici le pari de l’intérêt de contextualiser l’apprentissage par conditionnement opérant dans une coordination de séquences innées, acquises et apprises, à partir des travaux de K. Lorenz et de G. Bateson (parmi bien d’autres). Il s’ensuit une démarche éco-étho-anthropologique qui permet de sortir l’être humain en souffrance des boites en poupées russes ou des cases de tableaux Excel dans lesquelles il serait tentant de les enfermer.

L’éco-étho-anthropologie ouvre des perspectives nouvelles à partir des courants divers de l’éthologie et de l’anthropologie contemporaines, en considérant la personne à l’esprit malade dans ses contextes environnementaux qui donnent sens (ou non sens) à son existence : autrement dit à ses émotions, ses sentiments et ses raisonnements tels qu’ils surgissent de ses interactions avec autrui et son écosystème de vie voire de survie (ou les nombreuses entraves qui empêchent leur émergence).

Les symptômes pourraient ainsi se manifester, chez les personnes les plus vulnérables, lors des entrechoquements des processus phylogénétiques, des transformations et contraintes culturelles et des mutations scientifiques et technologiques. Ils seraient, pour une part non négligeable, une rémanence de séquences comportementales qui avaient une valeur de survie dans des contextes ancestraux disparus.

Pour ne donner qu’un exemple, les maladies schizophréniques ne seraient pas uniquement considérées comme des maladies du cerveau, mais aussi du corps tout entier dans ses relations avec l’environnement. Le conditionnement opérant ne peut s’effectuer qu’en tenant compte de l’auteur qui le conçoit pour un autre, ainsi que du répertoire émotionnel singulier et spécifique de cet autre qui ne saurait être considéré comme une cire vierge malléable à merci. La déritualisation schizophrénique (labilité du contact, refus de la main tendue, coqs à l’âne, envahissement, diffluence, discordance, retrait autistique, etc.) aurait ainsi une fonction de protection dans un environnement perçu comme hostile.

Sur le plan clinique et thérapeutique, la prise en considération des conduites archaïques, des niveaux d’acquisition et d’apprentissage, des processus de ritualisation, de mythopoïèse ainsi que de partage de compétences, de performances, de connaissances, sont à même de rendre des services à nos patients, leurs proches, ainsi qu’aux équipes soignantes et socio-éducatives qui ont la dure tâche de les prendre conjointement en charge.