L’apport de l’anthropologie pour l’élargissement des hypothèses dans la pratique des thérapies familiales

Jacques MIERMONT – 15 février 2010

 

L’anthropologie est une discipline constituée de multiples sous-disciplines, traversées par des options paradigmatiques diverses voire divergentes. Trois « écoles » seront retenues dans ce qui suit :
1. En tant que disciple original et dissident de l’école anglophone classique, avec A. C. Haddon, A. R. Radcliffe-Brown et B. Malinowski, G. Bateson fut l’initiateur d’une anthropologie clinique mise en perspective dans la théorie de l’évolution, reposant sur l’observation des mœurs d’humains de cultures à la fois éloignées de la sienne, mais aussi de sa propre culture, tout en tenant compte des interférences entre l’observateur et l’observé. Il développera ainsi les concepts de choc culturel et de schismogenèse, de double bind, de circuits complets de l’esprit, d’abduction, de même qu’il s’intéressera aux rituels, aux mythes et aux épistémologies des communautés humaines.
2. L’école française, avec M. Mauss, C. Lévi-Strauss et ses élèves et continuateurs M. Godelier, F. Héritier-Augé et P. Descola, a contribué à identifier la structure et la fonction des mythes, les processus de l’échange, des dons et contre-dons, de la filiation, de la descendance, de l’alliance et de la résidence, de s’interroger sur l’inceste et sa prohibition, d’observer les métamorphoses de la parenté, voire de questionner la distinction entre nature et culture, en identifiant quatre manières de penser les rapports de l’homme et son environnement : le totémisme, l’animisme, le naturalisme et l’analogisme.
3. L’œuvre de F. Le Play et l’Université de Cambridge ont permis à E. Todd de conduire une recherche comparative éclairante des structures anthropologiques de la famille en France, en Europe et sur le plan mondial, et de leurs incidences sur les systèmes idéologiques et politiques : les interférences entre ce niveau anthropologique et le niveau de la clinique familiale sont sources de multiples réflexions. Tous ces apports nous incitent à élargir le registre des hypothèses susceptibles de nous orienter dans la conduite des thérapies familiales. Ils contribuent tout autant à repenser la conception que nous nous faisons des systèmes personnels, familiaux et sociaux, ce qui n’est pas sans conséquence sur la manière de concevoir les psychothérapies.